Vie privée

Vienne, vue du Belvédère

Vers la fin de l'année 1798, Beethoven rencontre le violoniste Karl Amanda qui devient l'un de ses plus grands amis malgré un séjour de courte durée. Ensemble, ils se retrouvent à la taverne Zum Schwan près du Bürgerspital. En plus de nouvelles amitiés nouées dans la capitale comme celle du Baron Nikolaus Zmeskall, le compositeur peut compter sur la présence d’amis d’enfance arrivés quelques années après lui.

Parmi eux, Wegeler qui rejoint son ami à Vienne à partir de 1794. Les deux hommes se fréquentent durant deux années. Quelques années plus tard, les frères von Breuning sont de la partie. Lenz le dernier fils de la famille vient étudier la médecine à partir de 1794 jusqu'à l'automne 1797. Il passe beaucoup de temps avec Beethoven. Lors de son retour pour Bonn, le musicien témoigne de son affection : ”Cher et bon Breuning, jamais je n'oublierai le temps que j'ai passé avec toi aussi bien à Bonn qu'ici à Vienne. Garde-moi ton amitié, de même que tu me retrouveras toujours pareil. Ton ami sincère.” 1 Lenz décède malheureusement quelques mois plus tard en avril 1798. En 1801, c'est son fère Stefan qui s'installe à Vienne et obtient une charge au Conseil impérial. C’est une joie pour Beethoven.

Stephan Breuning est maintenant à Vienne et nous sommes presque tous les jours ensemble ; cela me fait tant de bien, de susciter le rappel des impressions de jadis. Il est devenu vraiment un brave, excellent jeune homme, qui sait ce qu'il veut, ils ont le cœur, plus ou moins comme chez nous tous, et placé du bon côté j'ai maintenant une très belle demeure qui donne sur le bastion ce qui est un grand avantage pour ma santé. Je crois bien que je parviendrai à obtenir que Breuning vienne habiter chez moi. 2

Beethoven entretient des relations privilégiées avec quelques élèves talentueux. De 1800 à 1803, le jeune Karl Czerny travaille d'arrache pied le piano avec le musicien. Les leçons, au début irrégulières, sont au nombre de deux par semaine. Le maître prend également sous son aile Ferdinand Ries, fils du professeur de violon de Beethoven à Bonn. Le jeune homme très doué devient par la suite son copiste et assistant.

La vie sentimentale du compositeur est plus mitigée. Il recherche avec difficulté une stabilité conjugale. Selon Wegeler et Ries, Beethoven est dans sa jeunesse toujours amoureux et pense sérieusement au mariage. Mais ses relations complexes sont contrariées par des oppositions sociales. Le jeune homme s'engage dans des liaisons instables. Il n'est pas rare qu'il s'éprenne d'élèves qui probablement succombent parfois au charisme de leur maître. En mai 1799, il rencontre la famille von Brunsvik originaire de Hongrie. De passage à Vienne, les soeurs Thérèse et Joséphine, bonnes musiciennes, deviennent grâce à leur mère, des élèves du compositeur qui, sensible à leur compagnie, se rend quotidiennement dans leur hôtel :

Thérèse von BrunsvikPendant ces merveilleux dix-huit jours à Vienne, ma mère souhaita procurer à ses deux filles Thérèse et Joséphine les inappréciables cours de musique de Beethoven.[...] L'immortel cher Louis van Beethoven fut très aimable et aussi poli qu'il pouvait l'être. Après quelques phrases de part et d'autre, il m'installa à son piano désaccordé et je commençai aussitôt, chantant l'accompagnement de violon et violoncelle, je jouai fort honnêtement. Cela le ravit tellement qu'il promit de venir quotidiennement à l'hôtel « zum Erzherzog Karl » - à l'époque « goldenen Greifen ». C'était la dernière année du siècle écoulé, en mai. Il vint régulièrement, mais au lieu d'une heure il restait souvent de midi à 4 ou 5 heures, et il n'était jamais fatigué d'abaisser et de courber mes doigts que j'avais appris à tenir hauts et allongés. Cet homme si noble doit avoir été très satisfait, car pendant les 16 jours il ne manqua pas une seule fois. Nous restions jusqu'à 5 heures sans ressentir la faim. Notre aimable mère attendait aussi - mais les hôteliers étaient très irrités, car à cette époque ce n'était pas encore la coutume de déjeuner à 5 heures de l'après-midi. C'est à cette époque là que fut conclue cette profonde et sincère amitié avec Beethoven qui dura jusqu'à la fin de sa vie. 3

Giulietta, dédicataire de la sonate n°14 "Au clair de luneDeux ans plus tard, Beethoven écrit à Wegeler qu'il a trouvé réconfort auprès “d'une chère et adorable jeune fille, qui m'aime et que j'aime" 4. La comtesse Giulietta Guicciardi, cousine des soeurs Brunsvick et dédicataire de la célèbre sonate pour piano n°14 "au clair de lune", est l’une ses élèves dont il s'éprend passionnément. Mais le rang social les oppose. Si les sentiments de Beethoven pour son élève restent profonds, ils ne sont probablement pas pris au sérieux par la comtesse. Bien qu'elle lui ait donné un portrait d'elle que le musicien conserva jusqu'à sa mort, elle préfère la compagnie d'homme de son rang et épouse le comte Robert von Gallenberg, également musicien.

  • 1. Lettre de Beethoven à Lenz von Breuning.
  • 2. Lettre de Beethoven à Franz G. Wegeler
  • 3. BRUNSVIK, Thérèse von, Mémoires. Traduction de Claude Broussy.
  • 4. Lettre de Beethoven à Franz G. Wegeler.