Symphonie n°6 "Pastorale"

Op.68. Tonalité : fa majeur. Période d'élaboration : 1805-1808. Publication : Breitkopf et Härtel, mai 1809, Leipzig. Dédicataire(s) : Andreas Rasumovsky, Franz Joseph von Lobkowitz . Partition : imslp

Contrairement à de nombreuses œuvres dont le titre n’est pas de Beethoven, la symphonie dite « Pastorale » doit directement son nom à son auteur. Lorsque le compositeur envoie le manuscrit à son éditeur, il l’intitule précisément : « Symphonie Pastorale, ou Souvenir de la vie rustique, plutôt émotion exprimée que peinture descriptive ». Cette œuvre unique reste probablement la plus originale de ses neuf symphonies. Seule symphonie en cinq mouvements, elle propose un véritable portrait musical de la nature. Beethoven fournit à chacune des parties un sous-titre afin de mieux guider son auditeur (chose rare chez ce compositeur).

  1. Eveil d’impressions agréables en arrivant à la campagne
  2. Scène au bord du ruisseau
  3. Joyeuse assemblée des paysans
  4. Tonnerre – Orage
  5. Chant pastoral – Sentiments joyeux et reconnaissants après l’orage

Beethoven a sûrement été inspiré par une symphonie de Knecht (1752-1817) qui a pour titre "Portrait musical de la nature" et qui porte des sous-titres semblables. Les romantiques comme Strauss, Liszt ou Berlioz développeront énormément la musique à programme (Chopin quant à lui détestait). Beethoven dira à propos de son oeuvre : "c'est plutôt une expression du sentiment qu'une peinture". On connaît l'amour profond qu'avait Beethoven pour la nature :"Je préfère un arbre à un homme". Beethoven se rendait d'ailleurs souvent dans des petits villages campagnard proche de Vienne comme Heiligenstadt. Dans une lettre adressée à Thérèse Malfatti, Beethoven s'exclame :"Je suis si joyeux quand je puis errer à travers les bois, les taillis, les arbres, les rochers. Pas un homme ne peut aimer la campagne autant que moi!" Il fait de cette oeuvre une véritable hymne à la nature. La dédicace de ce chef-d'œuvre va avec la cinquième symphonie au comte Razumosvky et au prince Lobkowitz. Elle est jouée pour la première fois avec la cinquième au Theater "An der Wien".

Le premier thème, plein de grâce, est joué par les violons et contient un motif rythmique qui sera présent tout le long du mouvement. Un deuxième thème, plus lié et plus chantant, fournit à l’œuvre une atmosphère heureuse et détendue. D’abord énoncé par les violons, il circule à travers les différents instruments. L’épisode central reprend les éléments précédents et est caractérisé par ses nombreuses répétitions. Ces passages obstinés sont une caractéristique du langage de Beethoven.

Évocation d'une promenade auprès d’un ruisseau. Pendant que les violons 2, altos et violoncelles imitent l’ondulation des flots, les premiers violons déploient une tendre mélodie reprise par les clarinettes et les bassons. La coda, passage le plus descriptif de la symphonie, imite différents chants d’oiseaux. La flûte évoque le rossignol, auquel répondent le hautbois dans le rôle du cri de la caille et la clarinette dans celui du coucou. Précisons que Beethoven a lui-même indiqué sur sa partition les trois noms d’oiseaux.

La fête et la joie se ressentent pleinement. C’est une atmosphère bucolique qui se tourne vers les réjouissances paysannes. La première partie est un scherzo qui se divise en deux thèmes. Au scherzo succède le trio habituel, plein de contraste et comprenant également deux parties.

Intitulé « Tonnerre - Orage », voici le passage le plus agité de la symphonie. Ecoutez les premiers grondements qui se font entendre par les violoncelles et contrebasses pendant que les violons 2 imitent les premières gouttes de pluie. Après un brusque crescendo, voici l’orage qui éclate violemment, accentué par des grands roulements de timbales (silencieuses jusqu’ici). La tempête se calme quelques instants pour laisser à nouveau la pluie reprendre. Mais un nouveau crescendo amène un second orage encore plus violent.