Maturité accomplie

Si Beethoven a gagné légalement, ses efforts ont affecté sa santé, sans parler de son neveu, profondément déstabilisé. Affaibli, nostalgique, il exprime parfois le désir de retourner à Bonn. Il confie à son éditeur Nikolaus Simrock : “Je caresse l'espoir, peut-être l'année prochaine, de remettre pied sur mon sol natal et me rendre sur la tombe de mes parents.” Sa foi grandit dans les années qui suivent, comme en témoignent les nombreuses références religieuses qu’il écrit dans ses carnets.

Entre 1815 et 1818, les difficultés personnelles de Beethoven ont beaucoup nui à ses capacités créatrices. Les oeuvres se font plus rares. La sonate pour piano n°27 op.94, l'Ouverture Jour de fête op.115, la cantate L'Heure de gloire op.136, les sonates pour violoncelle n°4 et 5 op.102 figurent parmi les quelques publications. Beethoven compose également l'un des premiers cycle de lieders, An die ferne Geliebte op.98. En 1817, Beethoven dédicace sa sonate pour piano n°28 op.101 à la baronne Dorothea Ertmann, une de ses anciennes élèves et meilleures interprètes.

Plusieurs travaux restent en ébauche dont un projet d'opéra, d'après la légende de Romulus et Rémus, tout comme un sixième concerto pour piano. A plusieurs reprises, il s'intéresse au projet de Faust. Son admiration sans bornes pour Haendel lui fait envisager la création d'oratorios. Il pense également à un Requiem. Si le compositeur nourrit des projets plus ambitieux, il doit faire face à des problèmes financiers liés à la disparition de plusieurs protecteurs. Il réalise quelques opérations commerciales avec d'anciennes oeuvres qu'ils décident de publier.

En juin 1817, il est invité par la société philharmonique de Londres qui lui commande à l'occasion deux symphonies pour un salaire de 300 Guinées. Bien que l'idée de se rendre en Angleterre soit séduisante, le séjour n'aboutit pas, faut de moyens suffisants pour s'y rendre. A la fin de cette même année, Beethoven est gravement malade et il est contraint de rester majoritairement au lit pendant plusieurs mois.

Derrière ce silence apparent, Beethoven mûrit de longues réflexions esthétiques. Tourné désormais vers le passé, il étudie avec soin la musique ancienne, focalisant son attention sur la variation et la fugue. Son écriture se complexifie, son langage devient plus audacieux, plus déroutant même. En 1818, il compose sa monumentale Sonate pour piano n°29 op.106 "Hammerklavier" d'une dimension nouvelle. D’une longueur et complexité technique sans précédente, elle inaugure le dernière manière du compositeur. Conscient de transcender le genre, il confie à celui qui l'édite : “Voilà une sonate qui donnera de la besogne aux pianistes, lorsqu'on la jouera dans cinquante ans.

Il élabore son cycle des trois dernières sonates, contenant la véritable marque du dernier Beethoven. Toujours pour le piano, il entreprend en 1822 Trente-trois variations op.120 sur une thème qu'Anton Diabelli proposa à une cinquantaine de compositeur (dont Schubert, Liszt, ou encore le fils Mozart). Clé de voûte de la musique romantique, l'oeuvre devient un des sommets de sa production pianistique.