Les dernières oeuvres

Dès 1818, la surdité du compositeur est totale. Il fait usage de cahiers de conversation dont le témoignage reste précieux aujourd'hui. Malgré le départ de nombreux amis, la disparition de plusieurs mécènes, Beethoven reste concentré sur ses projets et peut compter sur d'anciens élèves comme Karl Czerny (professeur de piano du jeune Karl van Beethoven) ou Dorotea von Ertmann. Anton Schindler, rencontré un an auparavant, devient son secrétaire et deviendra l’un de ses premiers biographes. En plus des domestiques qu’il emploie et qui doivent supporter son tempérament colérique, certains proches comme Nanette Streicher ou Karl Holz l’aident dans son quotidien en faisant ses courses et dans la réalisation des tâches administratives. Son frère Johann avec qu’il s’est réconcilié intervient dans ses affaires personnelles et le soutient financièrement.

Il se tourne vers une musique plus spirituelle et prend l’initiative de composer une nouvelle messe, la monumentale Missa solemnis op.123 qu’il doit faire entendre lors de l’intronisation de Rodolphe. Dans ce cadre, Beethoven étudie la musique religieuse ancienne et approfondit l'étude des maîtres anciens dont Bach et Palestrina. Il fréquente assidûment la bibliothèque de l'Archiduc Rodolphe et discute avec passion de ces musiques alors inconnues. Mais son travail prend du retard et le compositeur accuse sa mauvaise santé :

Je ne me sens pas du tout bien, et de nouveau depuis quelque temps je dois prendre des médicaments. C'est à peine si je peux quelques heures par jour me consacrer à ce don le plus précieux du Ciel: mon art et les Muses. J'espère cependant être en état de compléter la Messe et en temps voulu, de manière que si notre accord tient toujours, elle pourra être exécutée le 19 mars 1820. Je serais vraiment au désespoir si mon mauvais état de santé devait m'empêcher d'être prêt ce jour-là. Mais j'ai bon espoir que mes souhaits les plus chers pour que ce but soit atteint se réaliseront.

La symphonie n°9 op.125, que son auteur mûrit depuis plus de dix ans est mise en chantier à la fin de l’année 1822. Pendant deux ans, l’oeuvre reste au coeur de ses préoccupations musicales. Beethoven est un musicien très actif.  Obsédé par son art et ses compositions, il ne cesse de travailler. La société philharmonique lui offre 50 livre sterling pour une nouvelle symphonie. L'œuvre ébauchée par le compositeur restera inachevée.

L'humeur du compositeurs semble s'améliorer. Il reçoit la visite des compositeurs Rossini puis Carl Maria von Weber qui trouve son hôte de bonne humeur. La première de la neuvième symphonie a lieu le 7 mai 1824 au théâtre Theater am Kärntnertor et connaît un succès retentissant, malgré les difficultés techniques rencontrées. La faible recette met le compositeur en colère affaibli par des problèmes financiers. Il accuse Schindler et la direction du théâtre de l'avoir trompé. Il se brouille avec son secrétaire et c'est le violoniste Karl Holz qui remplit désormais ce rôle. Malgré ses placements, il s’inquiète du patrimoine qu’il pourra transmettre à son neveu.  Ayant contracté des dettes auprès des éditeurs, ayant deux loyers à charge, dépensant beaucoup pour son neveu, il est aussi contraint d'emprunter de l'argent. Dans ce cadre, il publie également deux séries de Bagatelles (op.119 et op.126) dont le style plus léger rebute plusieurs éditeurs, jugeant ces pièces indignes du grand style du musicien.

Toujours en 1822, Beethoven une lettre du prince russe Nikolaï Borissovitch Golitsyne qui souhaite passer commande d’une série de quatuor. Poussé par son éditeur, Beethoven s'attelle à la tâche en espérant trouver la solution aux problèmes d'argent. Ces quatuors avant-gardistes feront figurent de testament musical. Leur caractère imaginaire unique moulé dans des formes anciennes marque la fin de l'expérimentation de Beethoven dans le domaine de la musique de chambre. Jamais auparavant il ne s'était concentré aussi exclusivement et aussi longuement sur un seul genre.