Le neveau Karl

En novembre 1815, Kaspar Karl Beethoven, malade depuis plus d'un an, meurt de consomption. Il laisse une veuve Johanna et un fils, Karl van Beethoven. Commence alors l'une période les plus pénibles pour le compositeur qui doit faire face à des problèmes difficiles à gérer. Ludwig ne supporte pas sa belle-soeur qu'il accuse d'adultère et même d'avoir empoisonné son mari. Depuis toujours, il s’en méfie et s’était jadis opposé au mariage de son frère. La jeune femme eut plusieurs ennuis judiciaires et fut même condamnée pour vol de bijoux, ce qui explique les préjugés défavorables de Beethoven.  Kaspar Karl, peut-être complice des coups montés, réussit plusieurs fois à tirer sa femme d'affaires. L’ami d’enfance Stephan von Breuning voyait le frère du musicien d'un mauvais oeil, le soupçonnait de malversations et conseillait même à Beethoven de ne pas l'impliquer dans ses affaires. Ce simple avertissement aura raison de leur amitié. Le compositeur (qui a tout répété à son frère) et son ami ne se parleront plus pendant plus d'une dizaine d'années. Beethoven préfère rester proche de son frère qu’il aide financièrement, tout en faisant des concessions pour s'entendre avec Johanna.

Bien que Kaspar Karl ait tenté de persuader son frère aîné d'accepter d'être le tuteur de Karl conjointement avec Johanna, Ludwig ne tient pas compte des volontés de son frère. Il réussit à faire annuler les dispositions testamentaires en s'appuyant sur les précédentes condamnations de Johanna, affirmant qu'elle n'a pas "les qualités morales et intellectuelles" pour élever son enfant. Le compositeur souhaite être l'unique tuteur du garçon. Une série de procès débute pour la garde de l'enfant. Beethoven joue l'ambiguïté de la particule van de son nom pour avoir recours au tribunal de noblesse. Le 9 janvier 1816, le Landrecht royal et Impérial nomme le compositeur unique tuteur. L'enfant est retiré de sa mère. Sachant bien que son foyer n'est pas digne d'héberger Karl, Beethoven lui cherche un pensionnat, loin de sa mère. Le musicien n'a pas conscience des maladresses qui affectent le garçon. Persuadé de bien agir, il refuse même que Johanna rende visite à son fils.

Beethoven se prend d'un amour passionné et possessif pour Karl qu'il considère comme son propre fils, allant jusqu'à signer ses lettres "Ton père". La mère de l'enfant, loin de se laisser abattre, engage une nouvelle procédure pour le récupérer. Pendant plusieurs années, les deux protagonistes multiplient les coups bas. Muré dans son désarroi, le musicien se tourne régulièrement vers son amie Nanette Streicher à qui il écrit plus d'une soixantaine de lettres. Lui confiant les dessous de l'affaire, il sollicite conseil. Deux ans plus tard, ne supportant plus de savoir son neveu si loin de sa protection immédiate, il reprend Karl sous son toit, aidé par une femme de chambre, un précepteur, ainsi qu'une gouvernante.

Ô mon Dieu, mon rempart, ma défense, mon seul refuge ! tu lis dans les profondeurs de mon âme, et tu sais les douleurs que j'éprouve, lorsqu'il faut que je fasse souffrir ceux qui veulent me disputer mon Karl, mon trésor ! Entends-moi, Être que je ne sais comment nommer, exauce l'ardente prière de la plus malheureuse de tes créatures ! 1

Pour Karl, le poids de son oncle est pesant d'autant qu'il veut en faire un virtuose. Son ancien élève Carl Czerny est chargé de lui donner des leçons de piano. Désespérée, Johanna entreprend par deux fois une action en justice sans succès pour récupérer son fils. Un jour de décembre 1818, l'enfant tente de s'enfuir pour rejoindre sa mère. La police le retrouve et le ramène à son oncle. L’événement provoque une nouvelle confrontation. Mais cette fois, Beethoven est pris au piège, incapable de prouver sa noblesse. On lui retire la garde de son neveu qui retourne donc chez sa mère au début de l'année 1819.

Dieu au secours ! Tu me vois abandonné de toute l'humanité, car je ne veux pas accomplir l'injustice. Ecoute ma prière, que je sois seulement réuni à mon Karl pour l'avenir, car maintenant une possibilité ne se fait voir là-dessus d'aucun côté. O dur destin ! ô cruelle destinée ! Non, non, mon genre de vie sans aucun bonheur ne finira jamais ! 2

Le comportement du musicien devient inquiétant. Même son frère Nikolaus fait alliance avec Johanna pour protéger Karl. Déterminé à récupérer son neveu, le compositeur tente tous les subterfuges pour arriver à ses fins. Après plusieurs rebondissements et l’aide de ses puissants amis, dont l’Archiduc Rodolphe, Beethoven obtient une nouvelle audience le 29 mars 1820. Il peut à nouveau récupérer son neveu. Johanna fait appel une dernière fois sans succès. Sa démarche n'aboutie pas et l'affaire est définitivement close le 24 juillet.

Le comportement parfois irrationnel de Beethoven durant cette période reste largement condamné par ses biographes. Miné par les ressentiments, le musicien reste longtemps inconscient des dégâts qu'il provoque. Il doute sur la sagesse de ses actions et montre parfois quelques signes de compassion pour Johanna, il reste malgré tout convaincu du bienfait sa démarche.

J'ai accompli mon devoir, ô Seigneur. Cela aurait pu s'arranger sans offenser la veuve si elle l'avait bien voulu. Toi seul, Dieu tout-puissant, tu vois dans mon cœur, tu sais que par amour pour mon cher Karl, j'ai fait peu de cas de mon propre bien; Béni mon œuvre, pourquoi ne puis-je obéir tout à faire mon cœur est désormais tirer à la veuve qui est Dieu (incompréhensible ???) Dieu, mon refuge, Mon rocher, au moins, tu vois au fond de mon cœur !!! 3

  • 1. BEETHOVEN, journal intime.
  • 2. BEETHOVEN, journal intime
  • 3. BEETHOVEN, carnet intime, p. 71