L'éducation

Ludwig commence probablement son éducation musicale vers l'âge de cinq. Son père devient naturellement son premier professeur. Avec son aîné, dont il détecte le talent musical, Johann s’avère faire preuve de grande sévérité. Selon les voisins 1, Johann van Beethoven traîne son fils de force jusqu'au clavier à des heures parfois avancées de la nuit. L'enfant est corrigé sévèrement ou encore enfermé dans la cave pour des peccadilles. S'il s'évade dans des improvisations, son père entre en fureur et lui interdit ces doux moments de rêverie. Le 26 mars 1778, il se produit dans l’un de ses premiers concerts dans la salle des Académies musicales de Cologne. Ce concert reste sans lendemain et Johann Beethoven semble remettre à plus tard les exhibitions qu'il prévoyait pour son fils.

Quel crédit faut-il accorder à ces témoignages tardifs, écrits bien après la mort du compositeur et dont la renommée est à son apogée ? Si la plupart concordent sur l'image du père autoritaire, l'éducation brutale a bien pu être exagérée avec le temps qui bien souvent transforme des récits fragiles en vérités établies. Avec une telle éducation, les dons du jeune garçon se seraient-ils vraiment épanouis ? Beethoven semble avoir eu quelques signes de reconnaissance envers celui qui fut son premier maître. Il conserva d’ailleurs précieusement une copie effectuée par son père d'une partition de CPE Bach qu'il aimait chanter et où le jeune Ludwig nota soigneusement "écrit par mon cher père" 2.

Selon Franz Wegeler, ami d'enfance de Beethoven, Tobias Pfeiffer, lequel était connu comme directeur de musique et joueur de hautbois, donne par la suite des leçons à Beethoven. Malheureusement, cet homme excentrique partagerait le même penchant pour l'alcool que Johann 3. Ensemble, ils finissent ivres dans les tavernes puis réveillent l'enfant pour prendre ses leçons au beau milieu de la nuit. Un peu plus tard, l'organiste de la cour van der Eden (ancien collègue du grand-père de Beethoven) lui enseigne l'orgue. Franz Anton Ries, dont le fils Ferdinand deviendra l'ami de Beethoven, lui donne ses premiers rudiments de violon. Ludwig fréquente également l'école élémentaire "conforme aux normes administratives et aux pratiques sociales qui prévalaient alors à Bonn et dans d'autres villes en pays germanique depuis la réforme scolaire de Joseph II en 1777-1778" 4. Il reçoit une éducation traditionnelle de base (lecture, écriture, calcul, latin...) et prépare même un temps l'entrée au lycée. Mais la décision est déjà prise par son père qui veut que son aîné devienne également musicien professionnel.

L'éducation de Beethoven ne fut ni très soignée, ni entièrement négligée. Il fréquentait l'école publique, où il apprenait la lecture, l'écriture, le calcul et un peu de latin mais c'est principalement à la musique que son père le poussait sévèrement et sans relâche. Peu distingué par sa tenue et son intelligence, le père de Beethoven avait recours à la violence pour faire mettre son fils au piano; d'un autre côté, il voulait que l'aîné de ses fils put l'aider un jour dans l'éducation de ses jeunes frères. 5

Cette première décennie reste marquante pour Beethoven qui, plus tard, n'évoquera que rarement cette période sombre de sa vie. La postérité a imposé l’image d'un enfant qui s'isole. L'environnement conflictuel fait fuir le garçon qui aime s'évader dans la nature. Préférant la solitude aux jeux d'enfants, il évite un temps toute relation sociale. Ses camarades se moquent de sa tenue négligée et nombreux sont ceux qui remarquent sa saleté apparente. Beethoven reste probablement impassible et s'immerge tout entier dans la musique. Jusqu'à tard dans la nuit, il travaille son piano et développe des improvisations.

  • 1. Gottfried et Cäcilie Fischer.
  • 2. BRISSON, Elisabeth, Ibid., p. 11.
  • 3. Témoignage tardif du violoncelliste Mäurer, cité in SOLOMON Maynard, Beethoven, Fayard, 2003.
  • 4. Ibid., p. 13.
  • 5. WEGELER, Franz, Ibid., p. 21.